Classe écritures : Johary Ravaloson

L'espion qui venait de l'Est

Prologue

Pékin 2008, Jeux Olympiques

Macach sort de la piscine, il est content et rit. Il a les yeux qui brillent. C’est un jeune garçon athlétique, blond aux cheveux courts, aux pommettes hautes, aux yeux bleus et perçants. Il est entouré de journalistes, une moto passe et une voiture klaxonne. Ce bruit lui rappelle les encouragements du public pendant son 100m papillon. Il sourit encore plus et continue de marcher. Il rentre dans le bus de la fédération de Russie de natation. Il vient de dire non à un journaliste qui voulait l’interviewer après avoir battu le record du monde dans cette nage et accédé à la plus haute marche du podium, le graal pour un athlète, le titre olympique. Il ne le sait pas encore mais ce non va déclencher énormément de choses.

Chapitre 1

Dix ans déjà qu’il a dit non aux journalistes, dix ans qu’il a arrêté sa carrière, dix ans qu’il en avait assez des journalistes. Il est né en Russie, à Kazan mais, maintenant il vit à Saint-Pétersbourg où il travaille pour le FSB. On l’a contacté car il est très silencieux, rapide, intelligent et agile. Il a maintenant trente-et-un ans. Il habite près du fleuve Neva. Il est communiste et sa coéquipière, en tant qu’espionne, se nomme Natacha Romanov alias Black Widow. Quant à lui, c’est Aquaman.

Des missions, il en avait faites. Il se souvient : c’était il y a trois ans à Palerme, en Sicile. Il devait reprendre des dossiers secrets volés au FSB par la Cosa Nostra, la mafia sicilienne qui compte une trentaine de membres en son sein. Lui, en revanche, était seul. Alors il s’était caché derrière un mur et avait pris son couteau de survie. Il avait tranché la gorge du premier mafieux venu, sans aucun bruit. Puis, il avait pris sa M16, un fusil mitrailleur d’assaut de dernière génération dont la cadence de tir est de 900 coups par minute, avait tué une dizaine de bandits en quelques secondes. L’un d’entre eux avait donné l’alerte mais avait été rapidement exécuté d’un coup de pied qui avait brisé son larynx, l’empêchant de parler et de respirer définitivement. Ensuite, il avait poignardé dans le dos un commandant de la cause et s’était saisi des dossiers secrets appartenant au FSB. Pendant cette mission, son double féminin, Natacha, avait prononcé cette phrase : « l’espoir est une flamme qui luit dans l’obscurité ». En entendant ces mots, Macach avait voulu directement retourner se battre…

Chapitre 2

Macach se réveilla à l’aube ce matin. Aujourd’hui était une grande journée. Il devait obéir aux ordres de Vladimir Poutine, le chef du FSB : assassiner la reine d’Angleterre.
À son arrivée dans les bureaux secrets du haut lieu de la police politique, il s’adressa à son binôme :
— Salut, tu es prête ?
— Oui Macach. On m’a expliqué le plan. Il va falloir créer une diversion devant l’entrée principale du Palais Royal puis nous passerons par derrière.
— D’accord.
Quelques heures plus tard, après avoir pris l’avion, ils déambulèrent dans le centre londonien et passèrent devant une poubelle où ils virent un homme avec un renard et de la mozzarella dans les cheveux. Il s’appelait Eli et parlait de politique. C’est cet homme qui opéra une diversion en jetant des pétards devant la porte principale du Buckingham Palace pendant qu’ils passèrent par l’arrière du bâtiment. Ils réussirent à s’engouffrer dans les cuisines pour mettre du poison dans le traditionnel pudding de la reine et s’enfuirent sans demander leur reste, avec la peur de se faire repérer et jeter en prison.

Chapitre 3

Macach se réveilla en entendant « attachez vos ceintures, nous allons atterrir ! » Ils regagnaient leur terre, la Russie. Dans le journal télévisé du soir, toutes les chaînes faisaient leur une sur le décès tragique de la reine Élisabeth II. Tout à coup, son téléphone sonna : c’était le FSB.
— Allo ? dit Macach.
— Allo ? Black Widow à l’appareil. Poutine veut faire assassiner Trump car il tue tous les immigrés russes aux États-Unis. J’ai mis au point un plan : nous allons devenir les snipers du président Trump en se faisant passer pour ses gardes du corps. Ce sera bien plus difficile qu’avec la reine mais nous pouvons réussir ! dit Black Widow.
— Oui, nous allons neutraliser deux des snipers, revêtir leurs vêtements et prendre leur place… répondit Macach avec un sourire machiavélique.
— C’est d’accord ! conclut Black Widow.

Après dix-huit heures de vol, ils arrivèrent à Washington. Ils se postèrent sur les balcons de la Maison Blanche après avoir revêtu leurs habits de sniper. Ils attendirent le moment propice. Après une heure et demie de discours, Macach appela Black Widow avec son talkie-walkie :
— Tu es prête ? Je l’ai dans mon viseur, je vais tirer.
— Oui, je suis prête à fuir.
Quelques secondes plus tard, une forte détonation retentit et le président mourut juste avant de toucher le sol. La foule se mit à hurler et nos deux snipers profitèrent de la confusion pour fuir dans la nuit étoilée de Washington.

Chapitre 4

« Biiiip », Macach venait de raccrocher. On venait de lui annoncer qu’il devait se rendre en Corée du Nord seul pour assassiner Kim Jong-Un. Cet homme d’état menaçait la sécurité de la Russie. Il projetait en effet de bombarder les zones militaires stratégiques du pays.
Macach monta dans l’hélicoptère affrété rien que pour cette opération hautement dangereuse et ouvrit son parachute à quelques kilomètres de la résidence Ryongsong. Il atterrit dans le fleuve de Taedong. Il regagna la rive sans encombre grâce à un crawl puissant et efficace. Après avoir caché son parachute dans un cabanon de pêcheurs le long de la rivière, il atteignit la bâtisse pyramidale avec une facilité déconcertante. Il sortit alors son grappin, l’arrima solidement au sommet de la tour et commença son ascension. C’était difficile, extrêmement physique et il dut redoubler d’efforts pour atteindre le sommet qui culmine à 243 mètres. Il découpa le verre blindé grâce à son laser ultra puissant et s’introduisit dans le bâtiment. Il connaissait les plans par cœur après les avoir étudiés longuement et scrupuleusement. Repérer l’homme fut un jeu d’enfant. Il l’attendit derrière une porte, le saisit par le cou et le bâillonna. Ensuite, il sortit son couteau, le dépeça comme s’il s’était agi d’un sanglier, prit ses boyaux et l’étrangla en les utilisant comme des cordes. Le sang giclait comme un geyser. Il se nettoya rapidement, se changea et descendit en rappel le long de la façade qu’il avait escaladée si difficilement quelques minutes avant.

Chapitre 5

De retour à Saint-Pétersbourg pour des vacances bien méritées, notre espion dégustait un thé noir sur la place du Palais Stroganov quand il lut dans les journaux qu’une enquête mondiale était ouverte à propos des assassinats des trois chefs d’état. Dans la minute qui suivit sa lecture, le FSB l’appela. C’était Black Widow :
— Vladimir Poutine veut attaquer et massacrer le gouvernement français et son président Emmanuel Macron et c’est nous qui sommes chargés de cette opération. Nous nous ferons passer pour des manifestants en revêtant un gilet jaune et nous fondrons dans la foule pour atteindre le palais de l’Elysée. Alors nous prendrons nos lance-grenades et tirerons dans les fenêtres du bâtiment pour atteindre nos cibles.
— Vaste programme et opération difficile… répondit Macach. Mais comment réussir à cacher les lance-grenades ?
— Les lance-grenades seront stockés dans une borne électrique vidée de ses fils par l’un des nôtres, répliqua Natacha.

La foule de gilets jaunes était rassemblée ce jour-là sur les Champs Élysées, hommes et femmes agglutinés les uns aux autres dans une ambiance festive. Macach et Natacha n’eurent aucune difficulté à passer pour des manifestants : ils avaient revêtu le fameux gilet jaune. Ils arrivèrent à leur destination rapidement car le palais de l’Élysée faisait partie de l’itinéraire du défilé. Ils s’équipèrent de leurs engins de guerre et se postèrent à une centaine de mètres de leur objectif.
La première explosion fit voler en éclats les fenêtres de l’appartement présidentiel. À la seconde, ce fut le tour de la salle de conférence dans laquelle avait lieu une réunion de crise du gouvernement pour répondre au mouvement de contestation insurrectionnelle. Le palais était en feu, les sirènes incendie retentirent partout dans la ville. C’est sur cette scène d’apocalypse et dans la confusion la plus totale que nos deux héros quittèrent Paris.

Chapitre 6

Cela faisait un mois qu'il n'avait pas eu de « travail ». Il s'ennuyait, l'action lui manquait. Mais il venait de conclure une mission capitale.

Lecteur, vous recevez un message sur votre portable d'un numéro inconnu :
« Vous êtes identifié comme l'agent 672 puisque vous recevez ce message. Vous pouvez maintenant décider de la suite de l'histoire.
Option 1 : Macach doit aller seul en Sicile,
Option 2 : Macach va en Sicile accompagné d'autres espions.
Si vous choisissez la première option, cliquez ICI ; si vous choisissez la seconde option, restez sur cette page et poursuivez votre lecture.
Bonne chance camarade et j'espère que vous avez bien choisi... »

Voir la fin alternative

Il devait, avec deux autres espions, Black Widow et une nouvelle recrue appelée Faucon, attaquer la Mafia. L’entreprise criminelle avait, il y a quelques jours, réussi à voler les dossiers prouvant que c'était le FSB qui avait assassiné tous les présidents. Il ne fallait surtout pas que le monde apprenne que la Russie avait commandité ces actes. Alors les trois agents allaient jouer un rôle clé dans la suprématie de la Russie dans le monde. Après avoir bien étudié les plans d'attaques et les stratégies de défense, ils firent connaissance avec le troisième homme. Il était grand, très énergique, plein de force. C’était en Sicile qu'ils se rendraient car les services secrets avaient suivi l'avion des Mafieux jusqu’à sa destination.
Dix jours d’entraînement intensif et il était enfin prêt. Il prit l'avion avec ses camarades. Arrivés en Sicile, ils firent un camp qui leur servirait de base plusieurs semaines. Ils gagnèrent le premier village pour réquisitionner de la nourriture.
Le lendemain, ils partirent vers la base de la Mafia. C'était un grand immeuble tout noir qui était énormément surveillé. Aujourd'hui, ils devaient affaiblir les défenses des malfaiteurs pour, les prochains jours, simplifier leurs prochaines attaques. Faucon prit son pistolet mitrailleur, le posa et commença à le charger en disant :
— Vous êtes prêts ?
— Oui, répondit Macach en chargeant sa M16.
Une pluie de balles s'abattit sur les gardes du quartier général et plusieurs cris de douleur retentirent en quelques secondes. Des renforts arrivèrent mais quittèrent le monde quelques secondes plus tard d'une balle en plein cœur. Les trois espions s'enfuirent pour se reposer. Ils mangèrent et mirent au point la nouvelle stratégie. Black Widow allait contourner le bâtiment pour passer par l'arrière pendant que les deux autres allaient tirer du côté de la porte principale puis rentrer dans le quartier général et la rejoindre pour attaquer la salle principale où étaient entreposés les dossiers du FSB.
Après un feu nourri, ils rentrèrent en force dans le quartier général. La première salle était spacieuse avec un toit très haut. Ils arrivèrent dans la salle et achevèrent les survivants jusqu’à la deuxième salle. Elle était vaste avec un escalier et de grandes vitres. C'est là qu'ils retrouvèrent Black Widow puis ils montèrent. Il n’y eut pratiquement pas de résistance. Black Widow était en éclaireur. Elle s’était engagée dans l’escalier. Elle reçut une balle en plein front qui projeta son corps en arrière et acheva sa course dans les premières marches.
— NON ! cria Macach.
Faucon, lui, continua de tirer, en hurlant.
Ils avaient gagné le premier étage. Pas de place pour les effusions de tristesse.
— C’est dommage, c’était une bonne co-équipière. Telles furent les paroles de Macach.
Soudain, une rafale de Kalachnikov déchira l’air.
Attention ! dit Faucon.
Les balles passèrent juste à côté de Macach et de Faucon et vinrent se loger dans le mur, provoquant des éclats dans le plâtre. Ils prirent alors leur M16 et tirèrent faisant couler le sang des vingt mafieux. Ils gravirent les dernières marches jusqu’à atteindre l’étage ultime. Ils trouvèrent rapidement l’armoire dans laquelle étaient stockés les dossiers confidentiels. Ils ne virent que trop tard le mafieux s’introduire dans la pièce. Faucon plongea mais prit une rafale dans le corps qui blessa gravement ses organes vitaux, Macach eut le temps de se mettre à l’abri derrière un canapé qui trônait au centre de la pièce. Il visa la tête du mafieux et le tua sur le coup. Il ne put porter secours à son ami agonisant et pleura ses compagnons criminels.
Il acheva sa mission en brûlant les dossiers secrets. Il s’enfuit, empli de tristesse et de colère. Ce projet, élaboré par Vladimir Poutine, était un suicide collectif qui avait failli lui coûter la vie et avait tué son frère et sa sœur d’arme, sa seule véritable famille. Il tuerait le responsable de ce massacre…

Chapitre 7

Après plusieurs mois d’exil, loin de la place Rouge, Macach regagna Moscou. Aujourd’hui, Vladimir Poutine s’exprimerait devant tout le peuple russe pour, une fois de plus, changer la constitution et ainsi rallonger son mandat présidentiel. Macach aurait également la parole pour vanter l’efficacité des services secrets russes. Il pénétra donc dans le Kremlin avec une capsule de cyanure et un couteau dans un ourlet de pantalon dans un matériau non détectable.
Il prit la parole devant l’assemblée et les caméras du monde entier. À la fin de son allocution, il se jeta sur sa cible et l’atteignit en plein cœur. Vladimir s’écroula et Macach absorba la capsule coincée dans une dent creuse. Le poison n’eut pas le temps d’agir. Macach était déjà criblé des balles des gardes du corps…

Chapitre 8

— Monsieur Poutine, Monsieur Poutine ! Vous êtes réveillé ?
L’homme était avachi dans son fauteuil au velours taché et passé, vêtu d’un pyjama élimé. Sa tête était penchée sur le côté. De la bave avait coulé le long de son menton glabre et fripé et avait mouillé le col de sa veste, donnant à celle-ci une teinte plus soutenue que le reste du vêtement verdâtre. La pièce, comme le reste de l’EHPAD, dégageait une odeur de désinfectant mêlée d’urine. Son regard, dont on disait jadis qu’il était d’acier, avait perdu son éclat et son intelligence. Il évoquait maintenant la démence et le vide. Son visage était apeuré, lui, l’ancien chef d’état, qui avait fait trembler le monde entier. Il était atteint de démence sénile précoce. Son cerveau s’était atrophié de telle manière qu’il ne possédait guère plus de facultés intellectuelles et d’analyse qu’un enfant de deux ans.
— Je suis venu vous chercher pour vous emmener dans la salle commune car aujourd’hui c’est lundi, jour de loto avec les camarades du parti.
Le vieux monsieur sourit avec naïveté à la proposition de Svetlana et se laissa faire. À peine était-il arrivé dans la salle d’activités qu’il avait déjà oublié son rêve…

Sacha Zych-Minkine